Le Point Eco d’A.D du 06/08

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Bonjour à tous,

Les semaines se suivent… et se ressemblent. Nous sommes désormais habitués aux grandes annonces des politiques ou dirigeants de la BCE, de décisions qui sont censées changer la face du monde et sauver la zone Euro, et qui s’avèrent souvent décevantes. Super Mario a encore frappé ! Après le «on fera tout ce qui est nécessaire pour préserver l’Euro, et croyez moi, ça sera suffisant», pas grand-chose … Revenons sur cette semaine riche en évènements.

1. L’Allemagne est encerclée !

Sacrée pression sur l’Allemagne pour qu’elle assouplisse ses conditions à l’aide des pays de la zoneEuro en difficulté … On connaissait la pression exercée par les dirigeants de la BCE et des autres pays de la zone Euro, mais maintenant c’est Obama qui fait aussi pression sur l’Allemagne : il a envoyé cette semaine Timoty Geithner en Allemagne, pour rencontrer Schauble (tout puissant ministre des finances allemand), alors qu’il était tranquillement en vacances sur l’île de Sylt ! Objectif : convaincre l’Allemagne d’autoriser la BCE à racheter des obligations souveraines sans conditions imposées aux pays. Obama veut en effet être réélu et sait bien qu’une aggravation de la zone Euro et une possible chute des marchés n’aideraient pas à sa réélection.

Problème : l’Allemagne ne cesse de le répéter, pas d’aide sans conditions. L’Allemagne pourrait donner son accord concernant le rachat de dettes souveraines par la BCE, mais à condition que les fonds de sécurité de la zone Euro (l’FESF et MES) le fassent aussi, sachant que l’aide de la part de ces fonds se fait sous conditions. Mais l’Espagne rejette toute condition. Elle veut de l’aide, elle en a besoin, mais sans aucune contrepartie. Alors elle utilise au «mieux» son pouvoir de nuisance. L’Espagne sait pertinemment qu’elle est le dernier rempart ; si elle fait défaut c’est l’Italie derrière, et ses 1600 milliards de dette. C’est donc à celui qui cèdera le dernier. Ce qui est sûr c’est que l’Espagne ne pourra pas s’en sortir sans aide. On devrait y voir plus clair dans les semaines à venir.

En attendant il semblerait que l’Allemagne se prépare à un défaut de l’Espagne. En effet DeutscheBank réduit son exposition à la dette souveraine espagnole. A fin juin elle en détenait «seulement» 873 millions d’euro, contre 1.4 milliards 3 mois plus tôt. Et la Deutsche Bank n’est pas la seule. Les chiffres publiés par la Banque d’Espagne montrent que 41.3 milliards d’euro ont fui le pays en mai, pour un total de 259 milliards (équivalent à environ 20% du PIB) depuis le début de l’année.

En attendant l’économie allemande continue à ralentir et inquiète. Son PMI (indicateur qui reflète la santé de l’économie d’un pays) est tombé à 43 (voir ci-dessous) pour le mois de juillet, son plus bas niveau depuis 2009.

2. Les banques centrales au secours des marchés

Les fondamentaux de l’économie mondiale sont bien pires qu’au début de l’année (perspectives de croissance dégradées pour la grande majorité des économies, ralentissement de la production industrielle, de la confiance des ménages, augmentation des dettes souveraines etc.), et pourtant les marchés affichent des chiffres très flatteurs (voir ci-dessous).

13% pour le DAX alors que l’économie allemande ralentit, idem pour les Etats-Unis. Au 4ème trimestre 2011 la croissance du PIB américain était de 4.1%, elle est maintenant de 1.5%. L’ISM était au-dessus de 53, il est maintenant en dessous de 50 (contraction). Au début de l’année on ne parlait pas encore des régions espagnoles surendettées, d’un potentiel défaut de l’Espagne etc.

Bref, les marchés sont en hausse alors que les fondamentaux se détériorent. Plutôt que de chercher des raisons dans les théories de complot, de manipulation des marchés etc. que je n’affectionne pas vraiment, mieux vaut se pencher du côté des banques centrales. Je vous le dis et le répète, les marchés sont devenus complètement accro aux annonces et surtout actions des banques centrales. Ces dernières semaines l’ont encore montré de façon criante. Il y a 10 jours Mario Draghi parle, les marchés exultent. Jeudi dernier Mario parle à nouveau : -2.68% pour le CAC. Le lendemain, les intervenants reviennent sur son discours, CAC +4.38% …

La BCE parle aujourd’hui de relancer son programme d’achat de dette souveraine des pays en difficulté, mais ce n’est même pas dans son mandat, qui se limite à la stabilisation des prix dans la zone Euro. Elle a lancé 2 LTRO récemment (décembre 2011 et février 2012), encore une mesure non-conventionnelle. Elle prête toujours plus aux banques en difficultés, mesure mise en place en 2009 et qui devait elle aussi être exceptionnelle. Elle accepte désormais des obligations mal notées en collatéral, alors que ses règles étaient beaucoup plus strictes il y a quelques années de cela. Bref, laBCE joue son rôle d’acheteur de dernier recours puisque les gouvernements n’arrivent pas à régler le problème eux-mêmes. La question est : pour combien de temps encore ?

L’évolution des marchés repose sur la confiance. La BCE ne va pas pouvoir indéfiniment accroitre la taille de son bilan et en dégrader la qualité (bilan rempli d’obligations souveraines espagnoles, grecques, italiennes, portugaises etc.). Arrivera un moment ou les marchés diront « stop ». D’autant plus que malgré tous ces efforts, l’économie réelle, elle, se détériore encore et toujours. Un des signes de détérioration ci-dessous, le chômage au plus haut depuis la création de l’Union Européenne.

Attendons maintenant ce que va faire la Fed. Comme je l’avais anticipé elle n’a pas annoncé de QE3 la semaine dernière, mais elle se tient prête à intervenir. Le scénario que nous avons vu les derniers mois, voire même ces dernières années, les marchés chutent face aux mauvaises nouvelles macroéconomiques et ils rebondissent suite aux actions des banques centrales qui interviennent quand la situation devient vraiment critique, devrait se poursuivre pour un temps encore. Ensuite, et face aux échecs probables des banques centrales, les marchés devraient capituler. Encore une fois, je ne crois pas aux miracles: on va devoir payer l’addition de 30 années de déficits budgétaires, de croissance à crédit, et aussi les dettes énormes contractées par les gouvernements et banques centrales suite à la crise de 2008-2009.

3. Les marchés : l’euphorie continue !

Soucieux de partir en vacances tranquillement et de ne pas revivre le cauchemar de l’été dernier, les politiques et banques centrales ont fait en sorte de rassurer les marchés avant de partir en vacances. Opération réussie pour le moment (voir ci-dessous) :

Le CAC 40 a terminé en tête du palmarès ces 2 dernières semaines. Assez rare pour le souligner.

L’EUR est aussi en aussi Vs USD : environ +1% sur la semaine et l’or en légère baisse.

Les taux 10 ans Espagnols et Italiens se détendent mais restent à des niveaux élevés (voir ci-dessous l’évolution des 2 derniers mois) : 6.7% pour l’Espagne, c’est certes mieux que les 7.6% atteints le 24juillet, mais ça reste élevé et intenable à moyen terme.

Sur ce bonne semaine à tous, A.D

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