Le Point Eco d’A.D du 12/08

Par défaut

Bonjour à tous,

On a beaucoup parlé de la zone Euro ces derniers temps. Comme il n’y a pas eu d’évènements majeurs concernant cette zone cette semaine, on va se concentrer sur la Chine et les Etats-Unis.

1. Le dragon ne rugit plus

Cette semaine fut riche en statistiques / chiffres venus de Chine. Ils sont plus mauvais / moins bons qu’attendu par les analystes et confirment la décélération de l’économie chinoise.

Le dragon s’essouffle, en voici la preuve en chiffres :

  • La croissance de son PIB a atteint son plus bas niveau depuis 2009 au 2ème trimestre (7,6%)
  • La production industrielle est à +9,2% en juillet (sur 1 an glissant), contre une attente de 9,7%. Surtout, ces 9,2% sont à comparer avec une moyenne de 13,4% de hausse depuis 1990. Sachant que la corrélation entre la croissance de la production industrielle et celle du PIB est fortement corrélée (voir ci-dessous), cet indicateur indique une poursuite du ralentissement du PIB.

• Les ventes de détails ont augmenté de 13,1% en juillet (sur 1 an glissant), contre une attente de 13,6%. Là encore, pour se rendre compte de la force ou faiblesse de ce chiffre, voici son évolution depuis 2005. La tendance est claire.

• Les investissements en capital fixe (mesure de la variation des dépenses totales dans les investissements en capitaux non ruraux, tels que dans des usines, routes, immobilier etc.) ont augmenté de 20,4% en juillet (sur 1 an glissant), contre 20,6% attendus. Là encore, on observe un net ralentissement par rapport aux années précédentes (voir ci-dessous). A noter que ces investissements représentent environ 50% de la croissance du PIB chinois.

La baisse relative (on parle toujours de croissance, mais d’une décélération de cette croissance) de ces investissements en infrastructure pèse forcément sur l’immobilier. On le voit sur le graphique ci-dessous.

Et tous ces chiffres proviennent de sources gouvernementales chinoises … à prendre donc avec beaucoup de précaution car ils sont souvent manipulés (meilleurs que les chiffres réels). Je vous l’ai dit plusieurs fois, je ne suis pas pour les théories du complot, mais concernant la Chine il faut se méfier, d’autant plus que le parti va changer de « gouvernement » dans les prochains mois, que chacun souhaite conserver son poste ou obtenir une promotion, ce qui augmente la probabilité de manipulation des résultats. Pour contourner ce problème de chiffres souvent falsifiés, on peut regarder d’autres indicateurs, tel que la consommation d’énergie. Elle représente un bon proxy de la croissance chinoise (si la croissance industrielle augment, la consommation d’énergie doit augmenter aussi).

Et là (voir ci-dessous) on se rend compte que la croissance de l’économie chinoise n’est pas franchement robuste, et pourrait être plus faible que celle annoncée par les autorités.

Voilà donc pour les chiffres. On voit clairement que la croissance chinoise ralentit. Ce n’est pas surprenant. Si on revient quelques années en arrière, on observe que l’économie chinoise était sous stéroïdes (ceux pour les chevaux, pas pour les souris !). Suite à la chute brutale et très prononcée de la croissance mondiale en 2009, l’Etat chinois a injecté des montants énormes de liquidités, a construit des routes, des aéroports, des musés, des ponts, des immeubles etc. afin de créer de la croissance. Ca a marché, oui, mais cette croissance n’est pas tenable sur le long terme. L’Etat ne peut pas continuer à construire des villes entières que personne n’habite, des routes très peu fréquentées (car peu de chinois peuvent se permettre de payer le péage), des universités vides etc.

Le problème de la Chine est sa faible consommation intérieure. La croissance de son PIB dépend beaucoup trop de ces investissements (souvent non productifs) et des exportations. La consommation des chinois ne contribue qu’à hauteur de 30% environ du PIB (contre 70% aux Etats-Unis par exemple). La Chine a longtemps été un atelier du monde. Elle a basé son modèle sur des salaires très bas (main d’œuvre bon marché), une monnaie sous-évaluée (grâce à un alignement forcé par rapport au dollar) afin d’accroitre sa compétitivité sur le marché mondial, et doper ses exportations. Ce modèle a été couronné de succès alors que la croissance mondiale (et donc les échanges commerciaux) était forte. Les 2 principaux clients de la Chine (zone Euro et Etats-Unis) ralentissent et achètent donc moins de produits chinois, ce qui pèse sur la croissance de la Chine. Le plus gros challenge de la Chine est de réorienter sa croissance vers la consommation intérieure. Pour cela il faudrait déjà octroyer aux chinois davantage de protection sociale ; en effet le peu d’avantages sociaux, de protection en matière de santé, chômage, retraite etc. pousse les chinois à épargner beaucoup. Le taux d ‘épargne des chinois est à environ 40%, contre 4% aux Etats-Unis !

Aussi, la bulle immobilière, crée par un excès d’investissement en infrastructures, par une explosion des crédits octroyés par les banques (sous la pression du gouvernement), a réduit le pouvoir d’achat des chinois, dont la part du loyer dans leurs dépenses totales n’a cessée d’augmenter.

Situation critique pour la Chine donc, qui doit accepter une croissance plus faible et s’expose à un « hard landing » (atterrissage non contrôlé). La livre que j’ai lu « La Chine, une bombe a retardement » n’a fait que renforcer cette conviction que j’avais. Encore une fois, je ne crois pas aux miracles, des taux de croissance de 10-12% par an ne sont pas tenables sur le long terme, et même si beaucoup disent « this time is different » (comme pour toutes les bulles. Rappelez vous la bulle internet, la bulle immobilière aux US etc.), ce serait ignorer la théorie des cycles économiques, défier toute statistique historique etc. que de penser cela.

Cependant, la Chine a beaucoup de réserves (environ USD 3 000 milliards) qu’elle pourra utiliser, comme elle l’a fait en 2009, pour relancer sa croissance. Elle le fera certainement prochainement, d’autant que l’inflation a ralenti, ce qui augmente la marge de manœuvre du gouvernement pour intervenir. Une intervention pourrait permettre de relancer la croissance, mais encore une fois, les stéroïdes sont efficaces mais ça ont aussi des limites. A un moment on tombe. De plus, en 2009 les mesures de relance budgétaires ont été efficaces car tous les pays en ont mis en place en même temps (ce qui a engendré une hausse de la demande mondiale), or peu de pays peuvent aujourd’hui se permettre de telles mesures, à cause de leur taux d’endettement très élevés). Ces possibles mesures devraient donc avoir moins d’impact sur la croissance que lors de la période post crise 2008- 2009. La Chine connaîtra certainement une forte crise dans les prochaines années. Cela dit son potentiel est là et bien là, et il faudra bien entendu compter sur la Chine pour les décennies à venir. Je termine ce chapitre sur la Chine par un clin d’œil (ci-dessous).

 2. Les Etats-Unis : the perfect storm

Les mois / années à venir s ‘annoncent difficiles pour les Etats-Unis. De nombreux challenges les attendent :

• Le mur budgétaire (fiscal cliff) qui les attend en fin d’année. Un certain nombre de mesures exceptionnelles visant à relancer la croissance (crédits d’impôts, subventions) arrivent à échéance à la fin de l’année :

o La baisse d’impôts octroyée par W Bush et prolongée par Obama, sur les bas et moyens salaires

o La baisse d’impôts octroyée elle aussi par W Bush, et aussi prolongée par Obama, sur les hauts salaires

o La subvention exceptionnelle pour les chômeurs

o Crédit d’impôt exceptionnel de 2% sur tous les salariés

Suite à l’élection le congrès devra voter la poursuite (ou non) de ces mesures. Certaines pourraient être étendues, surtout si Obama est élu et que les démocrates obtiennent la majorité au Congrès), mais si c’est le cas il est très peu probable qu’elles le soient toutes car le gouvernement doit diminuer ses dépenses face à la croissance très rapide (et inquiétante) de son déficit budgétaire et de sa dette. L’impact de ce fiscal cliff sur la croissance est estimé entre 1 et 4%.

• La consommation des américains ralentit. Les chiffres de ventes de détails sont négatifs (voir ci-dessous) ces 3 derniers mois, et lorsque l’on sait que la consommation des ménages représente environ 70% du PIB américain, là encore on peut s’inquiéter de cette tendance. Aussi, le fiscal cliff va engendrer une baisse des dépenses de l’Etat, une baisse de subventions vers les ménages américains, et donc pèsera forcément sur la consommation.

• Les profits des entreprises devraient commencer à baisser. Pour faire face à la baisse brutale de la demande mondiale suite à la crise de 2008-2009, les entreprises américaines ont licencié massivement. Quand l’’activité a repris, suite aux plans de relance coordonnés de la plupart des pays développés et de certains pays émergents (comme la Chine), les entreprises n’ont pas massivement embauché, ce qu’il leur a permis d’augmenter leur rentabilité. Mais l’augmentation de la rentabilité des entreprises n’est pas illimitée. Vous voyez ci-dessous ce chiffre, mis en perspective avec la moyenne observée depuis 1990 (ligne rouge). Si l’histoire se répète (aucune raison pour que ça ne soit pas le cas) on devrait observer un retour à la moyenne, et donc une baisse des profits des entreprises.

Le ralentissement de la croissance mondiale, la baisse de la consommation des ménages américains et la baisse des dépenses de l’Etat devraient par ailleurs précipiter cette baisse.

• Les exportations ralentissent: face au ralentissement de la croissance mondiale les exportations des entreprises américaines ralentissent. Vous voyez ci-dessous (en vert clair) l’évolution des exportations de biens et services depuis 1995. La tendance, là aussi, est très claire. On voit aussi la corrélation avec le composant de l’ISM des nouvelles commandes. On devrait donc observer une baisse de cet indice dans les prochains mois.

J’ai ciblé ces éléments (profits des entreprises, consommation des ménages, dépense de l’Etat, exportations) puisqu’ils sont les composants du PIB. Je vous remontre le graph ci-dessous (évolution du PIB américain depuis 2007 avec la contribution de chaque composant).

Le prix des matières premières est en hausse :
  • Or : +0,51%
  • Pétrole : + 3,6%
    Le prix des matières agricoles est aussi en hausse (voir ci-­‐dessous l’évolution depuis 2004), ce qui pourrait créer des tensions sociales dans les pays les plus pauvres.

 Sur ce je vous souhaite un excellent week-­‐end, et de bonnes vacances. A.D
 
Publicités

"

  1. Salut,

    Ne souhaitons pas non plus que la Chine offre de plus gros salaires à ces travailleurs car nous serions dans l’embarra pour notre si précieux or noir !! 🙂

  2. Souhaitons déjà que le travail d enfant n existent plus en Chine, ça serait déjà pas mal! Samsung et Apple en connaissent qq chose…

    • C’est vrai que l’instruction et l’éducation serait la clé pour la Chine, mais on en reviens toujours au même point, cela prend du temps et certainement de la croissance, la Chine est elle prêt a sacifier sa croissance pour l’éducation ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s